Des algorithmes pour fliquer et sanctionner les chômeurs

France Travail

L’entrée en vigueur de la loi sur le plein-emploi, imposant une explosion du nombre de contrôles, impliquera une automatisation accrue.
Tripler le nombre de contrôles des demandeurs d’emploi pour atteindre le chiffre de 1,5 million d’ici à 2027.
C’était l’objectif pharaonique fixé par l’exécutif macroniste en imposant la loi sur le plein-emploi qui entrera en vigueur en janvier 2025.

À France Travail, cette « ambition » se traduira concrètement par la généralisation d’un dispositif dit « CRE rénové » (contrôle de la recherche d’emploi) inclus dans le kit de cette loi.

Ses conséquences promettent d’être redoutables pour les demandeurs d’emploi, passibles dès l’année prochaine de radiations automatiques.

Comment en effet atteindre de tels volumes dans un contexte de suppressions de postes au sein de l’opérateur public, alors que les agents disent déjà être en tension sur leurs missions ?

« Cela veut clairement dire une automatisation accrue des contrôles qui deviendront beaucoup plus rigides et globalisants », explique Vincent Lalouette, secrétaire général adjoint de la FSU emploi, pour qui ce « CRE rénové » impliquera désormais la mise en place de« faisceaux d’indices » émis par un système d’information, sur la base d’un algorithme générant des alertes, là où la compréhension des situations au cas par cas avait encore plus ou moins cours. « Les collègues n’étant pas suffisamment nombreux pour gérer l’afflux de contrôles, il sera beaucoup plus facile d’appuyer sur le bouton pour envoyer un courrier d’avertissement ou encore de déclencher des sanctions automatiques », détaille le syndicaliste.

Un processus de «déshumanisation »

À ces sanctions potentiellement arbitraires s’ajouteraient par ailleurs des entraves à une possible rectification du tir, en privant les conseillers au sein des agences de la « gestion de la liste », un recours qui autorisait une intervention humaine sur les décisions prises au sein des plateformes.

  • Un rendez-vous manqué parce que son enfant est malade ?
  • Un refus de postuler à une offre parce qu’elle ne correspond en rien à son parcours ?

Le conseiller France Travail pouvait jusqu’ici être à l’écoute des personnes qu’il accompagne pour éventuellement lever une sanction.

Une telle démarche sera, selon les syndicats, désormais beaucoup plus compliquée.
Pour Danièle Blanchet, représentante syndicale à la FSU, cette nouvelle mesure parachève le processus de « déshumanisation » de la relation aux usagers.
Il avait débuté par l’externalisation hors des agences du contrôle de la recherche d’emploi pour atterrir sur des plateformes avec des équipes dédiées à ces missions, mais dont les conseillers sont amenés à se prononcer sur le sort de personnes qu’ils n’ont jamais rencontrées, dont ils ne connaissent rien, si ce n’est ce qui émerge à travers un dossier glacé.

Selon Vincent Lalouette,tout cela génère de la frustration pour les conseillers, mais aussi une violence chez les  privés d’emploi, dans l’incapacité de comprendre les raisons de leur radiation et qui se rendront au guichet pour avoir des explications que les agents ne seront pas en mesure de leur fournir.

Autant de conséquences qui vont à l’encontre, selon son syndicat,« des valeurs de soutien et d’accompagnement social qui définissent le service public de l’emploi ».

Hayet Kechit

Mardi 10 décembre

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