Cher·es camarades,
Je tiens à vous remercier de votre invitation à intervenir et à assister à vos débats. Les travaux auxquels j’ai assisté ce matin confirment à quel point nos analyses et nos débats sont convergents.
Nous sommes dans un moment de basculement.
La coalition entre Donald Trump et Elon Musk aux Etats Unis va accélérer l’alliance entre les milliardaires et l’extrême droite.
Nous en voyions déjà les prémisses avec la croisade réactionnaire menée par Bolloré et Sterin en France, ou avec la neutralité bienveillante du patronat français vis-à-vis de l’extrême droite.
Le basculement va maintenant s’accélérer. Pourquoi ?
Parce que pour le capital, la démocratie est désormais un problème. Nous avons réussi à gagner une nouvelle lucidité et l’incroyable mobilisation que nous avons construit contre la réforme des retraites en est le signe.
Ils n’ont jamais été aussi isolés, leur seule arme, pour continuer à accaparer les richesses que nous produisons grâce à notre travail, c’est d’installer des gouvernements autoritaires.
C’est ce que vient de faire le patronat autrichien qui a joué un rôle moteur pour que les conservateurs s’allient à l’extrême droite, ce qui va permettre, pour la première fois dans l’histoire du pays, au dirigeant d’un parti néonazi d’être premier ministre.
Ce moment si particulier exige une réflexion, une redéfinition de notre stratégie syndicale à l’aune du danger mortel de l’extrême droite.
Pour affronter l’internationale d’extrême droite, de Trump, Musk, Poutine, Netanyahou et tant d’autres, il nous faut renforcer notre stratégie internationale et européenne. Ce contexte glaçant est aussi un moment de clarification. Un moment où il va falloir choisir son camp. L’intérêt général a rarement été aussi fragilisé.
Impossible de nier désormais que le pouvoir des multinationales, et notamment des GAFAM est dangereux pour nos démocraties.
Souvenons-nous. Dans le programme du CNR, rédigé pour que plus jamais le pays ne puisse basculer dans le fascisme, figurait bien sûr la sécurité sociale, mais aussi le fait que l’on ne pouvait pas être patron de presse tout en étant capitaine d’industrie.
Aujourd’hui c’est l’inverse, la presse, l’édition et les réseaux sociaux n’ont jamais été aussi concentrés et on ne peut plus être patron de presse sans être capitaine d’industrie.
L’extrême droite prospère sur le déclassement. Le déclassement du travail qui ne paie plus. Le déclassement de nos services publics. La mixité sociale recule et vous le vivez directement dans l’enseignement y compris maintenant dans le supérieur avec le développement inédit du privé. Quand on ferme une usine, quand on ferme un service public, on fait élire un député d’extrême droite.
Face à la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, l’Europe doit changer de paradigme. Si nous ne voulons pas que notre industrie soit balayée il faut protéger notre industrie, relocaliser et tourner notre agriculture et notre industrie vers la réponse aux besoins des populations du continent plutôt que d’inonder le monde de poulets low cost.
La victoire que nous avons remporté le 7 juillet au soir en empêchant Bardella de rentrer à Matignon démontre qu’il n’y a pas de fatalité. Nous pouvons en être fier. C’est la mobilisation de la société civile et d’une majorité des organisations syndicales qui a déjoué tous les sondages.
Pour que le sursaut ne se transforme pas en sursis il faut que les leçons soient tirées.
Pour lutter contre l’extrême droite, il faut lier le social et le sociétal.
Kamala Harris a perdu parce qu’elle n’a pas traité la question sociale, parce que le parti démocrate ne s’est pas adressé aux travailleuses et aux travailleurs, se limitant à la défense de la démocratie et des valeurs.
Mais il nous faut aussi balayer devant notre porte et combattre vigoureusement le sexisme et le racisme et en faire des batailles syndicales à part entière.
C’est ce que nous faisons le 8 mars et il nous faut sur tous les lieux de travail appeler à la grève féministe.
Et c’est aussi la raison pour laquelle nous allons lancer le 21 mars prochain une campagne intersyndicale contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie sur les lieux de travail.
De même sur la question environnementale. L’extrême droite prospère sur le climato scepticisme et sur les mises en opposition du social et de l’environnemental. Pour les déjouer, la CGT a décidé de lancer un plan d’action syndical pour l’environnement, pour porter la question environnementale à partir du travail, comme nous le faisons par exemple à Tefal où la CGT refuse le chantage à l’emploi et dénonce les PFAS.
Du front populaire de 36 à la Résistance, l’histoire démontre que le fascisme n’a été vaincu que grâce à l’unité, et que l’unité syndicale a toujours précédé l’unité politique. Nous pouvons être fiers d’avoir réussi, contre vents et marées, à maintenir l’intersyndicale 2 ans après la mobilisation contre la réforme des retraites !
Mais ce moment de clarification doit aussi nous permettre de nouer de nouvelles alliances.
Nous allons le voir aux Etats-Unis, la résistance face à Trump sera d’abord le fait des syndicats, des associations féministes et antiracistes et des intellectuels. Le mouvement ouvrier en France a trop longtemps été fragilisé par la rupture avec le monde intellectuel et de l’éducation.
Se battre contre l’extrême droite c’est combattre le monde de la post vérité. Le monde où on peut dire que la terre est plate ou que les migrants mangent des chats et des chiens. Le travail que nous sommes en train de renforcer entre nos organisations, cette maison commune dont vous allez je l’espère valider l’édification, est donc déterminante pour lutter contre l’extrême droite.
Elle est aussi très importante pour éviter que le monde intellectuel ait une forme d’angle mort sur les stratégies du capital. Preuve qu’il ne s’agit pas de stratégies d’en haut, le positionnement commun de nos organisations lors de toute la séquence des législatives. Nous avons appelé ensemble à voter pour le NFP puis à battre l’extrême droite. Nous avons aussi ensemble considéré qu’il n’était pas de notre responsabilité syndicale d’appeler à manifester le 8 septembre dernier.
Pour finir, je crois que ce que nous partageons aussi, c’est la conviction que pour barrer la route à l’extrême droite il faut incarner un syndicalisme optimiste. Pas l’optimisme béat des happy manager qui font des catastrophes sur nos lieux de travail, mais un optimisme de combat. Pour convaincre les salariés de se mobiliser, valorisons toujours nos victoires. C’est grâce à notre mobilisation et notamment à la grève du 5 décembre que nous avons gagné l’enterrement des 3 jours de carence, de la suppression des 4000 postes d’enseignants et la revalorisation des pensions des retraités. « Je ne suis pas une victime je suis une résistante » avait l’habitude de dire notre camarade Madeleine Riffaud, magnifique résistante qui vient malheureusement de nous quitter.
Je suis sûre qu’ensemble, nous continuerons à faire vivre cet optimisme de combat !
Un grand merci à Benoit pour sa hauteur de vue, ses positionnements clairs et rassembleurs en intersyndicale, qui ont contribué à toujours garder le cap de l’unité et bienvenue à Caroline. Murielle Guilbert disait il y a 2 ans dans une tribune « je ne veux plus être seule sur la photo ». Et bien Murielle, non seulement tu n’es plus seule, mais grâce à l’arrivée de Caroline, nous sommes maintenant majoritaires !